Carentan & Ouistreham Riva-Bella
11 ans lors du débarquement, ancien maire de Ouistreham
Je suis né en janvier 1933 à Carentan dans la Manche. C’est l’arrivée d’Hitler au pouvoir. C’est le mois de ma naissance. Ça a été le début de bien de choses tristes. Je suis né donc en janvier 33 à Carentan.
Carentan, comme toute la côte, était en première ligne par rapport à un éventuel débarquement. Donc l’occupation y était plus dense et plus contraignante qu’ailleurs.
Décorations françaises et britanniques obtenues par André pour son engagement dans la résistance et le travail de mémoire.
L’année la plus dure a été la première, parce qu’on a été privés de nourriture. On allait à la cantine, c’était pas terrible. On nous obligeait à manger la soupe, même si elle était amère.
La deuxième année, les jardins nous donnaient de quoi se nourrir. C’était des pommes de terre, c’était des haricots, c’était tous les légumes.
Mais l’occupation était quand même une période très contraignante, humiliante. Parce que des hommes comme mon père qui avaient fait la guerre 14-18, qui s’imaginaient avoir été les meilleurs, n’imaginaient pas les Allemands dans leurs rues. C’était un choc terrible.
Nous, dans la cave, dans le cellier, chez nous, c’était pas une cave voûtée, on était 18, il y avait beaucoup de femmes seules. Le père Ledran les protégeait.
On avait été bombardés à 6h du matin, ça a été le premier bombardement de Carentan, à 6h.
La petite rue des Villas a été écrasée de bombes et là il y a trois familles, dont la famille Lamy, qui a été entièrement détruite. Il y avait 7 enfants, dont les petites copines de communion qui avaient 11 ans, comme moi.
Moi tous les ans, je vais au cimetière de Carentan, à la Toussaint, déposer des roses blanches sur leurs tombes. Je ne veux pas les oublier.
Pour moi, quand on parle de victimes civiles du débarquement, c’est pas des pourcentages, c’est pas des numéros, ce sont des gens que j’ai connus.
A 7h, quelqu’un est passé dans la rue, en criant: « c’est le débarquement » ! Qui c’était? J’en sais rien. Mais on a su comme ça que c’était le débarquement.
Et mon père, qui avait beaucoup de sang froid, a dit: « si c’est le débarquement, ça va être la libération, donc, faut pas bouger ». Parce qu’il y avait déjà un tas de gens qui partaient sur la route.
« Faut pas bouger, ça passera ». Et effectivement, on n’a pas bougé, et c’est passé.
C’était la libération, c’était le débarquement, et le débarquement, on n’attendait que ça.
On vivait dans l’espoir du débarquement qui nous libérait. Et ça c’était un sentiment très fort. Quel qu’en soit le risque.
Le 23 juin, c’est un jour terrible parce que ce jour-là, c’est le jour où la petite Delphine Laisney a été tuée, Place de la République par un tir allemand au moment où la gosse tendait le bouquet de fleurs au général américain.
Il y a eu trois obus qui sont tombés en cadrant la place.
Et c’est là où la gosse a été tuée. Et le général américain est revenu souvent après la guerre. Il est toujours allé sur la tombe de cette gosse au cimetière de Carentan. Quatre ans, quatre ans…
À propos de sa carrière de maire à Ouistreham
Donc c’est le hasard qui m’a fait venir à Ouistreham. Mais j’y ai été très heureux et j’y suis encore très heureux.
Et en 84, François Mitterrand, qui attachait beaucoup d’importance à tout cela, a voulu donner une certaine dimension à ces cérémonies sur le débarquement.
Et le Président de la République française ne pouvait être accueilli que là où des Français avaient débarqué, c’est-à-dire à Colleville et à Ouistreham.
Mais il n’y avait rien, rien du tout. Et moi j’avais été réélu en 84 après dissolution, donc il fallait inventer quelque chose.
Et c’est là où on est tombés sur cette tourelle qui était une tourelle empruntée à la ligne Maginot pendant la guerre pour renforcer le mur de l’Atlantique. Cette tourelle, c’est de l’acier français.
C’est comme ça que cette flamme est née - qui n’était pas une flamme d’ailleurs - c’est devenu la flamme par « dérive ». Mais au départ, elle symbolise la proue d’un bateau : elle symbolise la force qui vient de la mer et qui domine la forteresse.
Tous les 5 ans, on a reçu le Président de la République : Chirac, Sarkozy, Mitterand. Tous les Présidents de la République sont venus. Macron…
Mais il faut garder ce souvenir parce que ça a quand même été un tournant formidable de la guerre, le débarquement de Normandie.
Il faut garder la mémoire de ces victimes. Elles ont payé le prix fort pour retrouver la liberté. Et cette liberté, il faut tout faire pour la préserver. C’est très important de faire perpétuer cette mémoire.
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