Jean-Pierre
BARRET
Lion-sur-mer
12 ans, en première loge du débarquement
Je m’appelle Jean-Pierre Barret. Je suis né en 1931, le 12 décembre, dans la région parisienne au Perreux.
En 1944, j’avais 12 ans.
Mon quotidien, c’était d’aller à l’école à Lion-sur-Mer, au bout du village. Et je me souviens, c’était assez long de marcher du bord de la plage jusqu’au Haut Lion.
Depuis fort longtemps, mes parents venaient l’été et ma mère exploitait un magasin sur la plage, sous ce qu’on appelle le Casino.
Jean-Pierre et les libérateurs anglais
Il y a d’abord eu l’exode, en 1939. La pire des défaites françaises dans l’histoire peut-être. C’était ahurissant, les gens étaient complètement abattus. Cette déroute inexplicable.
Au début, on a été surpris par ces jeunes Allemands, qui avaient plein de Deutschmarks, ou plutôt un Mark d’occupation.
Mon père me demandait de garder le magasin, l’étal qu’on avait mis devant, sous le casino et là, les jeunes Allemands étaient tout autour. Et mon père me dit: « attention, il ne faut pas qu’ils volent quelque chose » ! Mais c’était calme. Pendant l’occupation, ils se sont relativement bien comportés.
Nous on était un peu dans le commerce puisque mon père réparait ou fabriquait des postes de radio. Alors c’était très couru à cette époque-là puisque tout le monde voulait connaître les nouvelles.
Je suppose que tout le monde écoutait Radio Londres. On n’en parlait pas entre nous. Et les Allemands aussi ! En langue allemande.
Début 1944, il y avait un officier allemand qui venait toujours le soir. On ne pouvait pas les empêcher de rentrer puisqu’on était commerçants.
Et on fermait tout et il écoutait, collé au haut-parleur. Il écoutait Radio Londres en allemand. Il faisait la sale gueule, il ne commentait jamais, et il partait. Secret, secret.
Sinon, ça se passait à peu près bien parce que nous les enfants, on allait à l’école.
Le seul ennui c’est que, il y en a qui passaient dans les zones minées.
C’est ça le drame. Les Allemands avaient mis « Achtung Minen » sur beaucoup de barrières.
Et à cette occasion, j’ai deux copains qui ont sauté sur des mines. Ça a été assez atroce.
Ils allaient chercher de l’herbe à lapin, dans les endroits minés parce que ça poussait bien.
Tous les commerces étaient ouverts.
Photos de la visite de Rommel en mai 44 récupérées par Jean-Pierre
Dans la rue principale, il y avait le primeur Pagny, le pâtissier, le boulanger, l’épicier. Tout était ouvert.
C’était assez séparé, les Français ne s’occupaient pas des Allemands, les Allemands ne s’occupaient pas des Français. D’ailleurs ils étaient dans leurs villas, on ne les voyait pas tellement.
Pendant tout le mois avant le 6 juin, ça bombardait au Havre, ils bombardaient beaucoup.
Ils ne bombardaient pas ici. Mais quand on a vu, vers 6h00 tout cet horizon assez proche finalement, de bateaux, on a tout de suite compris.
Le matin, je ne sais plus à quelle heure, on a vu apparaître, assez proches… ils n’étaient pas très loin… ces bateaux de guerre et ces péniches du débarquement. Nous on les regardait à la jumelle jusqu’au moment où ça a pété.
Ils se sont mis à cracher le feu, ces bateaux… Alors là, on s’est aplatis par terre et on attendait que ça se passe, mais c’était pas drôle. Ah c’est terrible!
La peur, c’est vraiment la première des émotions qui explique tout dans la vie.
On est restés une heure et demi à se faire bombarder. Mais comme je dis toujours, le casino était effectivement peut-être un objectif pour eux parce qu’il y avait des mitrailleuses là-haut.
Et puis à un moment, ça s’est calmé, alors on a mis le nez dehors.
Longeant les murs, barbouillés, encore avec leurs bouées pour certains, ils avançaient. Et à ce moment-là, ils sont venus nous voir et ils étaient surpris qu’il y avait encore des habitants.
Les Anglais, le 41ème commando je crois.
Alors ils allaient, ils continuaient vers la Hague et puis ils ont laissé leurs paquetages sous une garde, place du marché.
Et là, on a commencé à parler avec l’Anglais qui gardait. Alors nous on a dit: « vous restez combien de temps ? ». Alors il me dit: « on reste 2-3 jours ».
Sinon, on a fraternisé beaucoup, parce qu’ils distribuaient les gâteries.
Les camions anglais passaient et nous jetaient des confitures, des friandises en passant.
Nous on n’a jamais oublié. Les humains sont des animaux, faut pas oublier ça. Il y aura toujours des Poutine, des Hitler…
Si vous voulez la paix, vous préparez la guerre. C’est mon message !
Faut pas se laisser faire…Ne pas se laisser faire.
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