Martine & Michel
SCHUBNEL
Colleville-Montgomery
Une famille aux destins croisés
Je m’appelle Michel Schubnel, je suis originaire d’Alsace. Je suis né le 4 juin 1950, presque le 6 juin !
Je suis Martine Schubnel, je suis originaire de Colleville depuis toujours. Je suis née le 11 décembre 1951, après guerre.
On s’est rencontrés lors d’un séjour que mes parents et que mon père surtout voulait faire, revoir tout ce qu’il avait fait, rencontrer aussi les gens qu’il avait connus. Et c’était en 1968, donc ça fait un petit moment. Et puis quelques années après, on s’est mariés. Martine avait 16 ans et demi et moi je venais d’avoir à peine 18 ans.
Pour avoir caché un aviateur anglais lors du Débarquement, les parents de Martine furent honorés par les Britanniques
Cette maison est de famille. Mes grands-parents vivaient ici pendant la guerre. Et mes grands-parents, pendant la guerre, logeaient des officiers autrichiens.
En fait, ces militaires, ces soldats-là étaient sur le site Hillman qui est au sud de la commune. C’était un centre de commandement allemand, qui prenait toute la côte depuis Merville jusqu’à Courseulles. Et le quartier général était là-haut.
Ils étaient deux sous-officiers. Ils venaient, ils rentraient le soir ici, ils dormaient là et puis ils repartaient le matin.
D-Day : Comme ça a été bombardé, il y avait le reste d’une bombe, derrière la maison. On appelait ça le site Morris, c’était un nom de code anglais. C’était des casemates, le canon, et ils tiraient sur les bateaux et sur la plage.
Et ils ont été bombardés. Et puis il y a une bombe, enfin le reste d’une bombe parce qu’elle avait déjà éclaté, qui est tombée sur la toiture, qui a entièrement traversé la toiture, qui a traversé le premier étage. D’ailleurs le trou, je l’ai toujours laissé, je ne l’ai jamais fermé !
Ici, c’est le premier bataillon du Suffolk Regiment qui a libéré la commune. Parce qu’il y a eu les commandos Kieffer qui ont débarqué à Colleville, mais eux, leur mission, c’était d’aller libérer Ouistreham.
Mais ici, c’est les Suffolk, le premier bataillon Suffolk qui a libéré la commune et qui a pris ensuite dans la journée le site.
Mais à 11h00, c’était terminé. Eux, ils s’étaient rendus derrière les casemates. C’était des Polonais qui étaient dedans, les troupes de l’Est qui étaient aussi incorporés. Ils n’avaient pas envie de se faire tuer pour Hitler !
Je suis membre des Amis du Suffolk Regiment. Maintenant, malheureusement, il n’y a plus de vétérans.
Et donc nous on a notre site là-haut, qui est immense, ça fait une trentaine de blockhaus souterrains qu’on a déblayés.
Une famille de Colleville a offert un blockhaus qui était sur leurs terres, et c’était le vœu du beau-père de cette dame, qui était maire de Colleville le 6 juin 1944.
Il a toujours voulu qu’un des vestiges revienne au régiment anglais qui a libéré notre commune.
8.V.45 : Rentré sain et sauf dans mon foyer
Et ça s’est concrétisé le 6 juin 1989. Le blockhaus a été remis en état, parce que tout était enterré, on ne les voyait plus.
Et assez rapidement, on était une poignée de gens de Colleville… ils étaient au moins 200 qui sont venus pour l’inauguration.
On a donc créé cette association, histoire de garder les liens d’amitié avec les vétérans et aussi pour le devoir de mémoire.
Notre association a grandi, et petit à petit, on a dégagé d’autres blockhaus qu’on a rééquipé. Moi ça fait 34 ans que je m’occupe de ça !
Il faut garder en mémoire ce qui s’est passé.
Nous on reçoit énormément de collèges, lycées. Beaucoup de militaires aussi qui viennent. Des militaires anglais.
Ça n’est pas un amusement. Quand les petits viennent, ils aiment bien venir jouer là-haut avec des mitraillettes. Mais ils comprennent quand même très bien, malgré qu’ils aient 10 ans, ce qui s’est passé et que ça peut recommencer. Et que la guerre, c’est réel.
C’est bien qu’ici dans les écoles, surtout en Normandie, on en parle quand même pas mal. Ça c’est une bonne chose.
On a souvent nos petits enfants, dont celui qui a 10 ans. On lui explique pour pas que ça recommence et qu’il connaisse l’histoire. On a aussi des petits-enfants grands et souvent, je dis : « pourvu qu’ils ne connaissent pas la guerre ».
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