Olivier

DE MONICAULT

Lion-sur-mer

Petit-fils de Marguerite de Blagny, la femme forte du Château

Je me présente, Olivier de Monicault. Je suis né à Prague en Tchécoslovaquie, mais je n’ai rien d’un Tchèque, mon père était diplomate et vivait à l’étranger à cette époque. Je suis né un tout petit peu avant la dernière guerre mondiale, en 1935.

Le château, hôpital provisoire pendant la Grande Guerre

Le château était occupé par les soldats allemands.

Le 30 mai, c’est-à-dire 6 jours avant le débarquement, le maréchal Rommel est venu à Lion-sur-Mer. Il commandait toute cette zone. Il est venu faire une inspection.

Dans les jours qui ont précédé le débarquement, les soldats allemands n’étaient plus dans le château.

Ils étaient tous en alerte dans les bunkers.

Ma grand-mère est restée sur place, on lui a laissé un petit bout du château et elle a veillé au grain pendant toute la guerre.


Le débarquement a lieu, elle est réveillée à 5h00 du matin par le bruit et elle s’est dit: « Qu’est-ce qui se passe » ?

Elle n’a rien compris au départ. Elle trouvait qu’il y avait énormément de bruit. Et tout le monde était un petit peu affolé. Et elle a réalisé en fin de journée que ça n’était pas des Allemands, c’était des Anglais.

Elle a vu arriver tous les gens du village (le Haut Lion) qui sont venus s’abriter dans la cave, parce que nous sommes le seul endroit où il y a une grosse cave.


Pendant des semaines, la cave d’ici a été occupée par un grand nombre de gens pour être à l’abri.

Il fallait les nourrir. Ils ont tué un cochon. Ils se sont débrouillés pour cohabiter parce qu’ils étaient nombreux.


Comme le château était occupé par les Allemands, les Anglais considéraient que c’était un objectif militaire, une caserne de soldats allemands.

Dans la canonnade du matin, ils ont visé le château pour démolir le château.

Il y a eu de gros dégâts matériels mais le château lui-même a été peu touché. Il a été criblé d’éclats, et tout a été refait après la guerre, mais il a bien survécu.

Le combat n’a pas cessé le 6 juin à Lion-sur-Mer, ça a continué. Vous avez entendu bien sûr parler des Cities, là où il y a eu un obus ou une bombe qui est tombée sur un abri, juste à côté de l’église, et où ont été tués le médecin, le Maire, et toute leur famille. Il y a deux familles qui ont été décimées, la famille Opoix et la famille Corbin.

Et c’est arrivé dans les premiers jours de juillet.

Mai 1945, exactement un an après le débarquement, mes parents sont arrivés au printemps 1945 voir l’étendue des dégâts. Des dégâts, il y en avait beaucoup. 

J’ai un souvenir très précis, on avait traversé la France dans un camion gazogène, de Roanne jusqu’ici. Et on avait traversé à la fin de la journée Falaise et Caen… C’était hallucinant. Tout était rasé, la traversée, c’était hallucinant.

On oublie un petit peu le sacrifice extraordinaire qu'ont fait les Américains. Les Anglais bien sûr également, mais les Anglais, ils défendaient leur propre territoire à 400km d’ici.

C’est peut-être cela qu’il faut transmettre en priorité, plus que le tour de force du débarquement. 

Nous avons eu pendant des siècles en France un ennemi héréditaire qui était l’Angleterre. Et puis après, depuis 1870, on avait un ennemi héréditaire qui était allemand, et bien… il faut tourner la page.