Roger LEGOFF

Fontenay le Marmion

6 ans et demi au moment du débarquement

Mon nom est Roger Victor Ellie Le Goff et je suis né le 4 décembre 1937. 

J’ai 6 ans et demi au débarquement. Donc le quotidien c’était de voir les allemands marcher au pas avec leurs bottes noires et le fusil à l’épaule et le casque.

Je me souviens du matin du 6 juin. Ma mère m’a réveillé parce que mon frère et ma soeur ainée étaient à l ‘école. Elle m’a dit « Ça y est, ils ont débarqué ».

Ce n’est qu’en 1946, à sa mort, que Roger apprendra l’engagement de son père dans la Résistance.

Le soir, dans le jardin, quand Caen brûlait, et que ça bombardait, la DCA allemande essayait de descendre les avions. Et parfois, on voyait un avion, une fumée noire, un parachute qui sautait et après, les résistants essayaient de le récupérer. Et puis un soir, j’ai ce souvenir inoubliable, l’avion est touché, le parachute s’ouvre et il prend feu. On apprenait le lendemain dans les conversations des grands qu’ils avaient retrouvé le corps disloqué, à moitié enfoncé dans un champs. Et ça ce sont des souvenirs terribles.


On a fait 100km à pieds. On est parti de Fontenay vers Rocquencourt. On a traversé tout Fontenay et il n’y avait plus personne, tout le monde était parti.

On était vraiment livrés à nous-même, on errait sur les routes.

Où on allait? On ne savait pas. On se sauvait, on fuyait le front.

À Saint Martin des Landes, nous avons été libérés le 13 août par l’armée du Général Leclerc. 

Là il s’est passé aussi une chose très triste : il y avait un allemand et un français, deux jeunes. Ils ont dû se tuer à bout portant et leurs pieds se touchaient. Pour passer, j’ai dû être obligé d’enjamber leurs corps. 


Ma mère était tellement courageuse et vaillante, on n’était pas tristes, c’est-à-dire qu’on a transformé cela en une volonté de vaincre mais la meilleure victoire, c’est contre son ignorance.


Je trouve que c’est bien de témoigner. Je suis absolument pour commémorer.

J’aimerais dire qu’il ne faut pas faire la guerre parce que les gens qui décident de faire la guerre ne la font pas. Ils la font faire par procuration, ils font se bagarrer les pauvres les uns contre les autres et ils comptent les points après. 

Il faut résister, c’est sûr, mais faut pas faire la guerre.

La prise de guerre de Roger, un accordéon allemand dérobé dans une cantine abandonnée.